La prise du refuge et les prosternations

Publié le par jadis

La prise du refuge est inséparable de la pratique des prosternations. Le besoin de prendre refuge et de pratiquer les prosternations tient à la situation particulièrement démunie qui est la nôtre. Le Tathagatagarbha, ce potentiel d'éveil qui est la nature même de l'esprit, est quelque chose d'inhérent à notre être. En l'abscence d'une expérience directe de cet état, notre esprit est encombré, à des degrés divers, par la confusion et l'opacité mentales. Aussi, ne sommes-nous pas capables de nous porter nous mêmes vers une source appropriée de refuge.

SANGYE TCHEU DANG TSOK KYI TCHOK NAMLA
En le Bouddha, le Dharma et la sublime communauté,

DJANG TCHOUB BARDOU DAK NI KYAB SOU TCHI
Je prends refuge jusqu'à l'Eveil.

DAK GUI DJIN SOK GUIPE SEUNAM KYI
Grâces aux mérites de la générosité et des autres perfections;

DRO LA PEN TCHIR SANGYE DROUB PAR SHOK
Puisse-je obtenir l'état de Bouddha au bénéfice de tous les êtres.

Pour parcourir le chemin de l'Eveil, nous avons besoin d'un peu d'aide ; nous avons besoin de porter nos regards au-delà de notre propre situation limitée. C'est là la première et principale raison de prendre refuge dans le Bouddha. La réalisation de la bouddhéité implique la levée de tous les voiles d'opacité et de confusion mentales, et le déploiement de tout cet incriyable potentiel constituant la nature même de l'esprit. Prendre refuge dans le dharma, les enseignements qui furent prodigués par le Bouddha afin d'éveiller les autres êtres, constitue pour nous une source de conseils et de protection. Prendre refuge dans le sangha, communauté d'êtres qui atteignent de hauts degrés de réalisation (bodhisattvas) et qui réalisent et transmettent le dharma, nous offre une source supplémentaire de protection et de conseils spirituels. Ces sources de refuge sont nommés les Trois Joyaux.

trois-joyauxUne partie de l’activité de haute compassion et sagesse du Bouddha fut l’enseignement tantrique nommé Vajrayana. Un pratiquant à qui ces enseignements sont accessibles et qui leur est un réeptacle adéquat médite sur les différents yidam qui sont des expressions de l’illumination. On dit des yidam ou divinités de méditation, qu’ils sont la source ou la racine de l’accomplissement, aussi sont-ils la première source de refuge. Le second élément déterminant est la bénédiction et l’influence spirituelle que nous recevons de notre maitre ou lama. Sa lignée prend sa source au niveau du dharmakaya, expérience de l’Eveil absolu et informel, et représenté dans l’iconographie par le Bouddha Vajradhara. Chacune de ces branches est une transmission vivante d’enseignements et d’expériences. Chaque lignée, constitué de maitres successifs de l’origine à nos jours, est ininterrompue jusqu’à notre propre lama-racine qui est la source principale de bénédiction pour notre pratique tantrique. Ainsi, la deuxième source de refuge est-elle le lama. Dans la tradition du Vajrayana, existent des aspects divins particuliers auxquels nous pouvons adresser nos prières, tels que les dakini, les protecteurs et les gardiens du dharma. Ce sont des émanations des bouddhas et boddhisattvas, apparaissant généralement sous des formes irritées. Ces formes sont considérées comme la racine de l’activité éveillée. Dans le Vajrayana, on parle à la fois des Trois Joyaux et des Trois Racines du refuge.

arbre-refuge

Lorsque nous prenons refuge, nous méditons sur le fait que l’environnement particulier qui est alors le notre n’a pas son aspect ordinaire, mais qu’il est une vaste et belle prairie, au centre de laquelle se trouve un immense lac empli d’une eau d’une qualité toute spéciale ; ses berges verdoyantes sont couvertes de fleurs, et de magnifiques oiseaux aquatiques glissent à la surface des eaux. Au centre de ce lac pousse un arbre immense dont le tronc se sépare en cinq branches principales. La branche centrale s’élève verticalement et les autres s’étendent dans chacune des directions cardinales. Chacune de ces grosses branches se ramifie en branche plu petites et en rameaux couverts d’une profusion de feuilles, de fleurs épanouies et de fruits.

Dans la pratique tantrique, les quatre éléments (trône, lotus, disques lunaires et solaire) forment le siège, au-dessus de la branche centrale de l’arbre, sur lequel nous visualisons notre lama-racine se manifestant sous la forme du Bouddha Vajradhara, émanation bleu foncé du Bouddha. Telle une couronne au-dessus de la tête de notre lama, nous visualisons la forme réelle du lama de notre lama, et au-dessus encore de lui, celle du lama de celui-ci et ainsi de suite… A son sommet, cette couronne est de nouveau couronnée par le Bouddha Vajradhara, clairement visualisé comme la source de la lignée. Nous méditons sur les lamas de toutes les lignées (Gelugpa, Sakyapa, Nyingmapa et Kagyupa) entourant l’axe central du rosaire d’or, de telle sorte que se trouve ainsi réunie l’immense assemblée des lamas de toutes les transmissions.

Durant la visualisation, il est recommandé de méditer sur l’une des formes de yidam situées sur la branche de l’arbre la plus proche de nous. Ces divinités tantriques sont visualisées au sein d’une vaste assemblée ou mandala des divinités, située sur cette branche Est, ou plutôt nous indiquant la direction de l’Est pour les besoins de la visualisation. Sur la banche Sud, à la droite de la lignée des lamas, nous pouvons visualiser l’effigie du Bouddha Shakyamuni, le Bouddh particulier qui enseigna le dharma dans l’ère qui est la nôtre durant ce kalpa. Sur la branche Ouest, à l’arrière-plan, derrière la lignée des lamas, nous visualisons le joyau du dharma sous forme de livres ou d’écritures « Kangyur ». Tous ces textes sont visualisés sous la forme d’une gigantesque pile où ils s’entassent par milliers. Sur la branche Nord, à la guache de la lignée, nous visualisons le noble sangha composé des bodhisattvas et des nombreuses formes des arhats. Dans l’espace sous la branches de l’arbre, formant une sorte de dais, nous visualisons les figures des dakini, des dharmapala ou protecteurs du dharma.

Il s’agit là d’une visualisation très complexe, qui nécessite une grande stabilité mentale et une familiarité avec cette phase de la méditation tantrique que l’on nomme en tibétain kyerim « phase de développement ». Même si notre visualisation n’est pas claire, notre foi profonde, notre confiance dans la pratique et notre capacité à nous placer en présence des Trois Joyaux et des Trois Racines demeurera malgré tout imperturbable, car c’est là l’élément crucial qui détermine le succès de la pratique. Le Bouddha lui-même dit que quiconque pense sincèrement se trouver en présence du Bouddha l’est réellement.

prosternations

Publié dans Ngöndro

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