Les écoles du bouddhisme tibétain

Publié le par Jadis

Le bouddhisme tibétain contemporain se divise seulement en quatre grandes écoles, les dernières lignées Chi-djé, Djor-drouk, Dordjé soum gyi nyèndroup et Jonangpa ont été absorbées par les quatre premières. Cette séparation ne signifie nullement qu'il existe des schismes entre ces écoles. Le bouddhisme, par nature, est une école de tolérance et les quatre lignées se respectent et coopèrent étroitement. Les différences entre les écoles résident, par exemple, dans le fait que les sakyapa sont plus axés sur l'ascétisme, les Gelugpa sur l'érudition, les Kagyu sur la transmission orale, et les Nyingma sur la méditation.

Nyingmapa
samanthabadraLe courant nyingmapa « ancien courant » est la plus ancienne des traditions du bouddhisme tibétain. Ses différentes lignées remontent à Padmasambhava (considéré comme un bouddha à part entière) et se basent sur la première vague de traductions en tibétain des tantras et des soutras. L'école nyingmapa est la branche la plus orientée vers le tantrisme avec des pratiques parfois inspirées du shamanisme et un sens du secret marqué. D'autre part, la transmission directe de l'enseignement de Padmasambhava ou d'un autre maître du passé par l'intermédiaire des termas, textes redécouverts matériellement ou par une révélation, est avec le dzogchen l'une des particularités du courant nyingmapa. La tradition nyingma distingue neuf voies de pratique : trois voies communes basées sur les sutras, trois voies tantriques externes (le Kriya Tantra, l’Upa Tantra et le Yoga Tantra) et trois voies tantriques internes (le Mahayoga, l'Annuyoga et l'Atiyoga). On peut distinguer trois niveaux dans l'enseignement, selon l'origine de la transmission : l’enseignement provenant directement du bouddha primordial (dharmakaya) Samantabhadra, l’enseignement du sambhogakaya Vajrasattva ou Vajrapani et l’enseignement du « chuchotement humain » provenant des cinq bouddhas. Les maîtres fondateurs de la tradition nyingma sont, outre Padmasambhava et Shantarakshita, les 25 disciples du premier dont Yéshé Tsogyal, Vimalamitra et Vairotsana.

Kagyüpa
gampopaLe nom de cette lignée peut se traduire par « transmission orale ». Elle s’est constituée à partir d’enseignements indiens et s'est rapidement divisée en de nombreuses branches. Les plus connues sont les « quatre grandes écoles » (Phaktru, Karma, Tsalpa, Barom) et les « huit petites écoles » (Drikung, Drukpa, Taklung, Trophu, Yasang, Shuksep, Yelpa, Martsang), ainsi qu’une branche parallèle nommée Shangpa. La tradition kagyu fut la première à transmettre l’enseignement du mahamudra « grand sceau », un des systèmes de techniques de libération propre au vajrayana, avec le dzogchen. Elle s’appuie aussi sur l’enseignement Kadampa, une ancienne tradition sarmapa recut par Atisha, et sur les six yogas de Naropa. Comme toutes les lignées du vajrayana, kagyupa enseigne la voie tantrique dite « voie des upayas », qui propose différents yogas formant une progression graduelle. Les principaux initiateurs de cette école sont Marpa le Traducteur, Tilopa, Naropa, Milarepa et Gampopa.

Sakyapa
 sakyaLe courant tire son nom, « terre pâle », de l’aspect des collines de Ponpori dans le Tibet central où Khön Konchog Gyalpo fonda le monastère de Sakya, berceau de la tradition. Le courant Sakya a conservé le principe de la transmission héréditaire : le Sakya Trizin est toujours un descendant du clan Khön. Sachen, premier fondateur, hérita de nombreuses traductions du sanscrit faites par Drokmi Lotsawa (le mahasiddha Virupa, le kalachakra et le Lamdre « voie incluant son fruit » basé sur le Hevajra Tantra), Bari Lotsawa (les Cent mille sadhanas) et Mal Lotsawa (la tradition Naro Khachoma du Vajrayogini). Parmi les grands maîtres de l’enseignement sakyapa, on peut citer Sakya Pandita auteur de Discrimination des trois vœux et Trésor de la logique, ainsi que Gorampa Sonam Senge, initiateur de l’étude de la logique. Comme la majorité des grands maîtres du bouddhisme tibétain, les hiérarques sakya sont des tulkus et des émanations de déités, particulièrement Manjusri (sagesse), Avalokiteshvara (compassion) et Vajrapani (puissance).

Gelugpa
 lama-tsongkhapaLa tradition gelug « vertueux », encore appelée l'école des Bonnets jaunes, fut fondée par Tsongkhapa, à partir des traditions de l’époque, en particulier kadampa dont elle a repris le nom. Elle visait à subordonner les pratiques tantriques à la formation textuelle de base (sutras et philosophie), et prôner un célibat strict, à savoir le monachisme. Les matières principales enseignées sont la prajnaparamita, la philosophie madhyamika, la "cognition valide" ou tsema, la phénoménologie et la discipline monastique. Gelug a intégré des pratiques nées dans différents courants, mais la principale est le Lamrim « Voie progressive » développé dans Pratique selon le Lamrim de Tsongkhapa à partir de La Lampe de la voie (Bodhipathapradipa) d'Atisha, inspirateur de la pensée kadampa. En ce qui concerne la pratique tantrique, les déités principales sont Guhyasamaja, Chakrasamvara (Heruka) et Yamantaka (Vajrabhairava), auxquelles se sont ajoutées Kalachakra et Vajrayogini, parèdre de Heruka. Les trois tantras principaux sont le Guhyasamajatantra, le Vajrabhairavatantra et le Vajrayoginitantra. L’autorité spirituelle sur l'école est officiellement détenue par un Ganden Tripa « détenteur du trône de Ganden », désigné pour sept ans par le dalaï-lama, qui est lui aussi issu de cette lignée. Le panchen-lama, seconde autorité spirituelle du Tibet, est un autre chef spirituel réincarné important de cette lignée.

On se doit bien d'inclure une singularité historique, c'est-à-dire le Yungdrung Bön, lequel est proprement un vajrayāna ou tantrayāna non-bouddhiste, incluant même un Dzogchen « voie de l'auto-libération », un ensemble de perspectives et de techniques qu'il partage avec les nyingmapas et certaines lignées kagyüpas. Le 14eme Dalaï Lama aurait récemment reconnu le Bön comme cinquième école.

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